N.-A. Labrie à Bersimis

Souvenirs d'un missionnaire

Mgr Labrie parle abondamment dans ses mémoires de son passage à Bersimis, des personnes qu'il a rencontrées, de la chasse, de l'agriculture et de l'exploitation de la forêt.  En voici quelques extraits.

Ciquez sur le magnétophone pour écouter les «extraits» et sur le bouton pour les lire les textes.  Les textes sont lus par le Père Jean-Guy Lachance, c.j.m qui fut ordonné prêtre lui-même par Mgr Labrie.

Photo: BanQ - Sept-Îles

Père Jean-Guy Lachance

Originaire de la ville de Québec, le Père Jean-Guy Lachance y a fait ses études classiques à l’Externat St-Jean-Eudes. Il a été ordonné prêtre-eudiste par son Excellence Mgr Napoléon-Alexandre Labrie. Il a enseigné dans les collèges eudistes de Bathurst et d’Edmundston, avant d’aller parfaire des études de philosophie à Rome. A son retour, il a poursuivi son enseignement pendant près d’une trentaine d’année au collège et dans le diocèse d’Edmundston. Avec joie, il prête aujourd’hui sa voix à l’évêque qui l’a ordonné.

Le Père Labrie prend possession de sa paroisse

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 64 à 68
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

Dès les premiers jours de septembre, je me rendis à Betsiamites toujours par le même périple Godbout Matane, Matane Rimouski, Rimouski Betsiamites. Un marchand de cette localité, Monsieur Côté, avec une petite goélette à moteur, la Miller, opérait un service des postes et des passagers.

Le Père Jauffret, que j'allais remplacer, me reçut avec une bonté toute fraternelle. Mais par ailleurs la réception fut loin d'être enthousiaste. Au presbytère j'avais comme ménagère cette Madame Norbert Lebel, que j'avais connue en mon enfance, sa nièce, son petit-fils, Joseph Blouin et le frère du Père Doucet, Edmond. Ces deux derniers s'occupaient de notre ferme.


Église de Bersimis vers 1920
(BAnQ Sept-Îles)

La chasse à Betsiamites

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 69 à 70
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

À l'époque de mon arrivée à Betsiamites les forêts de l'arrière-pays avaient été vaguement explorées, mais on pouvait encore leur donner le qualificatif de forêts vierges. Les bassins des rivières Betsiamites, Outardes et Manicouagan étaient les domaines incontestés des chasseurs de Betsiamites. À peu près aucun blanc n'allait chasser dans ces parages. Les indiens qui remontaient la rivière Betsiamites jusqu'au lac Pipmouagan rencontraient ceux de la Pointe Bleue, qui chassaient sur la Péribonka ou la Ste-Anne. Ceux qui se rendaient à la source de la Manicouagan prenaient souvent contact avec les indiens de la Baie d'Hudson.


Chasseur innu en portage

Georges Rock à la chasse

La fourrure

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 71 à 74
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

Le castor était l'animal dont la peau constituait encore la base des revenus de nos chasseurs. Une peau, selon sa grandeur pouvait se vendre entre vingt-cinq dollars.

Ceux qui pénétraient jusqu'à la source de la Manicouagan, chassaient surtout la marte dont les plus belles pouvaient valoir jusqu'à cent dollars. Un printemps Ignace Picard et ses deux fils revinrent avec un produit de neuf mille quatre cents dollars, presque exclusivement en martes.

Le vison pouvait atteindre quarante-cinq dollars. Le renard noir, depuis que l'industrie avait trouvé la teinture pour teindre en noir le renard roux, ne valait plus rien.


Hudson Bay à Bersimis vers 1920
(BAnQ Sept-Îles)

La gendarmerie royale

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 74 à 75
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

Le Ministère des Affaires indiennes maintenait en permanence un poste de la Gendarmerie Royale ou Police Montée, comme on l'appelait ordinairement.  Nous eûmes la chance d'avoir à ce moment-là, comme chef de police, Monsieur Josaphat Brunet, qui allait dans la suite être envoyé à Paris, comme chef de l'Interpol. Avant de partir de Betsiamites, il épousa Mlle Mercédès Miller, fille de M. et Madame Joseph Miller, marchand sur la réserve. Brunet était gentilhomme autant qu'intelligent et brave.


L'inspecteur des affaires indiennes

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Page 76
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

Pendant les six années que je passai à Betsiamites, le Ministère des Affaires indiennes envoya toujours le même inspecteur, un monsieur Bury. Il arrivait aux environs du quinze août, pour être présent lors de la fête des indiens. Il organisait à cette occasion sur la grève un grand feu de joie, autour duquel il dansait le «Macouchame» avec tout le monde. Ceci c'était très bien, mais son séjour à Betsiamites était plutôt une vacance, qu'il passait surtout à s'amuser et à boire. Il n’était nullement un exemple de sobriété pour nos indiens. Avec l'agent, je finis par me rendre à Ottawa pour porter plainte et on nous promit d'en envoyer un autre, qui viendra après mon départ.


Bersimis vers 1920
(BAnQ Sept-Îles)

La ferme

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 64 à 68
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

Les prêtres de la mission entretenaient une grande ferme, plusieurs vaches et deux chevaux. Ils assuraient ainsi l'approvisionnement en lait aux familles du village. Deux hommes veillaient à l’entretien de cette ferme. C'étaient, Joseph Blouin, petit-fils de notre ménagère, Madame Norbert Lebel. Il avait épousé une demoiselle Hémond de Portneuf et dès ma deuxième année, je fis construire pour lui une bonne grande maison. Son assistant était Edmond Doucet, frère du Père Doucet, qui, en 192S ou 1926, allait épouser une institutrice, Mlle Edwidge Blaney de Rivière au Tonnerre. 


L'éducation

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Page 79
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

En 1923, les Sœurs du Bon Conseil de Chicoutimi étaient déjà installées depuis longtemps au village. En fait, c'est le Père Arnaud qui les avait fait venir. Elles faisaient la classe aux indiens et aux blancs dans une maison que le Père Arnaud avait fait construire à cette fin. Comme nous l'avons déjà dit, cette école fonctionnait d'octobre à septembre de l'année suivante. Ces dates étaient imposées par les circonstances, dont nous avons parlé.

Dès le début de 1925 le ministère mit en construction une école plus vaste de quatre classes, avec logement et chapelle pour les religieuses. C'était déjà un progrès.

L'autre école fut transformée en dispensaire et foyer pour les vieillards indiens, sous la direction de Madame Joseph Murphy.

Les conditions commençaient à évoluer pour les indiens. On prévoyait le temps où ils auraient à se conformer à un autre mode de vie. Déjà quelques jeunes filles, comme Mesdemoiselles Yvonne et Jeanne Bacon, Madeleine Roc avaient suivi avec grande distinction les cours du pensionnat à Rimouski. Après mon départ, on construira une autre école beaucoup plus grande et plus belle encore. Enfin, quand en 1950, les Affaires indiennes construisirent une grande école pensionnaire à Maliotenam, elle ne put répondre à la poussée des indiens vers l’éducation. Je souhaite de grand cœur que tous mes concitoyens portent à cette race l'amitié que je lui garde et l'aident à atteindre le niveau d'éducation à laquelle elle aspire en droit et en justice.


Le Banc de Betsiamites

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 80 à 82
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

En face du village indien, la Compagnie Girouard de Sherbrooke, avait autrefois construit une scierie, et un village s'était groupé qu'on appelait le Moulin Bersimis. On disait le plus souvent le Banc, parce qu'il était construit sur une accumulation séculaire au banc de sable. Il avait déjà connu une certaine prospérité avec prêtre résident, dont le dernier fut le Père Brézel.


Chantier de Bersimis
(BAnQ Sept-Îles)

Service des Dessertes

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 82 à 83
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

Le Père Doucet et moi-même, à tour de rôle, nous devions assurer le service religieux des autres localités de notre paroisse. Au mois de juin le Père Doucet partait visiter les autres réserves indiennes de la Côte et ne revenait qu'à la mi- août. Je devais alors réclamer l'aide de quelques eudistes, professeurs de collège, qui étaient heureux de venir, comme à une belle vacance.


Appels aux malades

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905-1931),
Édité par Pierre Frenette
Pages 83 à 85
Lecture: Père Jean-Guy Lachance
© Société historique de la Côte-Nord
Reproduit avec permission

En décembre 1926, je venais de terminer ma messe quand Martin Hickey, m'arriva des Ilets Jérémie, absolument éploré. Sa fille aînée, Hethay, était gravement malade. (Martin Hickey avait acheté la maison de son beau-père, St-Pierre). Ce jour-là il ventait en tempête, il faisait froid. Il avait voyagé une partie de la nuit, et avait laissé son cheval sur le Banc. Il fallut traverser la rivière en canot, malgré cette tempête, et nous remettre en route par des chemins impossibles. La nuit était complètement tombée à notre arrivée et la pauvre fille était morte depuis quelques heures. Qu’on s’imagine dans cette solitude le désarroi d'une famille. La morte était là sur son lit, attendant depuis des heures qu'on l'ensevelisse.  À trois milles plus loin, la famille Fortin ignorait tout. Madame Hickey voulait qu'on aille chercher Madame Fortin.


Père Ledoré, Mgr Labrie, (au centre) Catherine Martin, Odile Cormier, Mme Noël, (assis) Yvonne Martin, Lucienne Martin
(BAnQ Sept-Îles)

Pessamit - La communauté

Nametau innu: mémoire et connaissance du Nitassinan, un site spécifique à la nation innue où des aînés transmettent leur savoir-faire et leur culture à des plus jeunes.
© Musée régional de la Côte-Nord 2010. Tous droits réservés.
Reproduit avec permission

Paul-Émile Dominique - Vers 1865-66, il y a eu la fondation de Pessamit, selon les Blancs. Mais ça faisait longtemps que les Innus vivaient près de leur rivière. Quand le gouvernement a dit oui pour la communauté, il a aussi dit: «C'est moi maintenant qui va vous soigner, vous éduquer, vous nourrir». Nous, on était ici et on mangeait du saumon. Nous sommes toujours en forêt parce que nous sommes nomades. Nos parents ne sont pas allés à l'école pour devenir des agriculteurs et faire pousser les patates.

Evelyne St-Onge - Est-ce que tu jouais au cowboy quand tu étais jeune?

Paul-Émile Dominique - Oui, mais je n'aimais pas jouer le rôle de l'Indien, car je perdais tout le temps. Tu vois la pointe là-bas, il y avait une rangée d'habitations, sûrement en écorce. Une église fut bâtie ici à l'époque de Arnaud et Babel. Les Oblats et les Eudistes se battaient pour savoir à qui appartiendraient les Indiens. Leur évêque a tranché et ce sont les Oblats qui nous ont gagnés et qui sont restés.

Musique - Philippe Mckenzie